Volunteering is not a crime

Comment lutter contre le volontourisme ?
Bridgeo propose ici quelques pistes de réflexion pour faire du volontariat un acte responsable.

Partie 2 :

Nous avions précédemment vu les dangers liés au volontourisme – et les questions éthiques que posent ce type de pratiques. Nous tenterons ici de poser les jalons pour faire du volontariat un acte responsable, citoyen et respectueux de chacun. Pour ce faire, il s’agit de travailler autant sur les motivations du volontaire, celles des associations hôtes et en dernier lieu sur l’éthique et la place des intermédiaires – celles et ceux qui permettent aux volontaires de partir. Gageons cependant qu’il n’y a jamais de solutions idéales, juste une volonté que doivent partager les différents acteurs pour éviter les dérives du volontourisme et redonner au volontariat ses lettres de noblesses.

1/ Ce que l’argent ne saurait acheter

Le marché du volontourisme est très lucratif – et plus il le sera, plus on risque de le voir s’étendre. Pour vous donner une idée, c’est 1,6 million de volontaires qui partent chaque année… représentant un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros. Où va cet argent ? Principalement aux intermédiaires, ceux qui font du volontourisme un business. Sur les 1000€ versés a minima, une infime partie est destinée aux associations locales – 4€ par volontouriste et par semaine. Quelles sont les solutions ? Il s’agit d’une part de confier l’envoi de volontaires aux associations qui contrairement aux entreprises ne recherchent pas à maximiser leurs profits mais à répondre aux besoins de chacun. Il faut d’autre part faire baisser les coûts des intermédiaires – plus ils sont importants, plus on demandera aux volontaires de payer des forfaits onéreux. L’une des pistes les plus prometteuses est bien sûr le numérique… qui permet en outre de mettre en relation les futurs volontaires avec les associations locales.

2/ Adapter les missions de volontariat

Comme l’affirme Emmanuelle Werner, directrice de l’ONG Friends International, à propos des orphelinats au Cambodge : « Un accès facilité aux enfants, sans exigence de qualification ou vérification des antécédents, avec une durée de séjour courte et flexible, devrait [vous] mettre la puce à l’oreille. » Qu’est-ce à dire ?
  • Qu’une association locale ne peut décemment recevoir un volontaire si elle n’en exprime pas le besoin. Un volontaire doit correspondre à un besoin particulier (en termes de compétences) pour une période préalablement définie.
  • Qu’un volontaire n’est pas là pour faire acte de présence (touristique) mais pour apporter et transmettre des compétences.
  • Que les durées proposées pour les missions de volontariat soient supérieures à 3 semaines.
  • Que les missions proposées ne soient pas en concurrence avec les emplois locaux.
  • Qu’il y ait d’une mission à l’autre un véritable suivi pour éviter qu’un volontaire ne répète ce qui a déjà été fait – ceci vaut pour tous les secteurs mais la vigilance doit être accrue pour tout ce qui a trait à l’éducation.
  • Il va de soi (mais il est cependant utile de le réaffirmer haut et fort) que toute personne qui sera en contact avec des enfants doit présenter des garanties morales et psychologiques irréprochables.

3/ Préparer les volontaires avant le départ

La réussite d’un volontariat relève en partie des informations données au préalable à celui qui va effectuer une mission. Que ce soit sur le pays hôte (contexte, besoins des populations), sur les comportements à adopter ou sur ce qu’il convient à tout prix d’éviter, il est indispensable que le volontaire puisse facilement disposer de l’ensemble de ces éléments. La différence fondamentale entre le volontouriste et le volontaire est cette capacité à s’investir dans une mission – en étant conscient par ailleurs de son action auprès des populations locales. En ce sens, le volontariat n’est pas une expérience émotionnelle mais une volonté de partager et de transmettre ses compétences pour améliorer autant que faire se peut une situation économique et sociale spécifique. Toutes les formes (osons-le dire encore une fois… toutes les formes) de misérabilisme et de voyeurisme sont non seulement à proscrire… mais aussi à combattre.

4/ Multiplier les démarches qualité 

Il serait quelque peu injuste de résumer le phénomène du volontourisme aux comportements des agences de voyage et à ceux des touristes volontaires. Certaines associations locales (c’est en tout cas comme cela qu’elles se qualifient) profitent de ce tourisme de la misère pour 1. récolter de l’argent et 2. (et ça c’est beaucoup plus grave) perpétuer cette misère à dessein. Nous ne reviendrons évidemment pas ici sur le problème des orphelinats au Cambodge (et ailleurs) (mettre lien) mais le secteur du volontariat a tout à gagner à instaurer une démarche qualité et un label pour séparer le bon grain de l’ivraie. Comme nous le notions en introduction, il n’y a jamais de solutions idéales, ni même faciles car la fin du volontourisme dépendra en grande partie de la volonté de chacun à mettre en place des règles, à respecter une éthique et à s’y tenir… et ceci à une échelle internationale. Il faut en premier lieu que les différents acteurs prennent conscience des dérives et des effets pervers de ce volontourisme – ceux qui partent aider à l’autre bout de la planète en payant ne sont pas toujours les plus informés, ce qui est fort dommageable. Les associations locales ne sont pour la plupart pas évaluées – ce qui l’est tout autant. Demeurent enfin ces agences touristiques de la misère qui n’ont aucun intérêt à tuer la poule aux œufs d’or… Pour notre part, nous avons décidé en tant qu’association luttant pour un volontariat responsable d’appliquer ces principes, de dénoncer les dérives du volontourisme et d’évaluer systématiquement nos actions et nos partenaires.

Solidarité bien ordonnée commence par soi-même.


Solidairement vôtre,


Sacha pour Bridgeo.