Le tourisme de la misère

 

Partie 1 :

 

1/ Qu’est-ce que c’est ?

Pour comprendre le phénomène du volontourisme, on le distingue souvent du véritable volontariat. D’un côté, il y aurait une activité de longue durée (un ou plusieurs mois) généralement consacrée à des actions citoyennes et solidaires en France ou à l’étranger. De l’autre, un tourisme de la bonne conscience peu engageant et peu impliquant dont les effets sur les populations locales seraient inexistants, voire dangereux.

2/ Qu’est-ce qu’on lui reproche ?

Evitons de faire a priori nos moralistes et essayons de comprendre ce phénomène qu’est le volontourisme. La critique de ce type de volontariat porte sur cinq points :
  • son caractère commercial.
  • sa durée.
  • le manque d’expérience des volontaires.
  • ses effets pervers sur les populations locales.
  • son voyeurisme.
Ces critiques sont-elles justifiées ? Examinons-les une par une pour se faire une opinion.

3/ Le volontourisme, c’est du business ! 

Les marges des agences spécialisées dans le volontourisme sont élevées, entre 30 et 40%, contre 2 à 3% dans l’industrie du tourisme traditionnel, affirmait RTS Info. Nous voici donc au cœur du problème… le volontourisme rapporte beaucoup d’argent (trop pourrait-on dire !). On vend de l’humanitaire low-cost à un prix qui lui, n’est pas négligeable. Mais pourquoi s’en plaindre ? Après tout, le volontouriste est consentant… les agences de voyage satisfaites… et tout ça se fait dans un esprit charitable (ou presque) ! Le premier problème que cela pose, c’est que l’on réserve le volontariat aux plus fortunés – en tout cas à ceux dont les parents ont un pouvoir d’achat suffisant. Le deuxième est le but poursuivi par ces entreprises – comme tout business, l’intérêt est de gagner de l’argent, non pas de susciter le développement local. Il faut placer, placer, placer des volontaires… en dépit des besoins réels sur le terrain.

4/ Sérieux… deux semaines ?

Deux semaines pour sauver le monde… ou sans être aussi ambitieux, quelques orphelins. Les durées proposées par ces agences de volontourisme sont parfois ridicules : 1, 2 ou 15 jours. La question est de savoir si l’on peut faire quelque chose de solidairement sérieux en un laps de temps aussi court. La réponse est clairement non. Nuançons toutefois. Si une mission est bien préparée et bien cadrée, elle peut être accomplie en un temps relativement restreint… une quinzaine de jours. En deçà de cette durée, le touriste (car c’est ainsi qu’il faut le qualifier) n’a aucune chance de comprendre les problématiques locales et nolens volens… d’être utile.

5/ Prof… au rabais

 Sébastien Marot, co-fondateur de l’ONG Friends International, utilise une très belle image pour expliquer le volontourisme. Il faudrait en effet imaginer « un turn-over permanent de Japonais, un flux d’adultes inconnus qui viendraient dans nos écoles pour apprendre des chants aux petits Français, enseigner leur langue, leur offrir du riz et les photographier avant de repartir… » Oups ! Eh oui, nos chers professeurs ne portent ni tongs, ni shorts, ne distribuent aucun bonbon mais… ont quelques compétences à vous apprendre que le conditionnel passé (que j’aurais enseigné) est différent du plus-que-parfait (j’avais enseigné). Est-ce toujours le cas pour les volontouristes ?

6/ Les paradoxes fâcheux de Zorro

« La vraie solidarité commence par l’humilité de reconnaître qu’on ne peut pas du jour au lendemain aller jouer les Zorro quelque part, surtout quand on ne sait rien de ce quelque part », affirme Raoul Mbog. Le volontourisme n’est en effet pas sans conséquences sur les populations locales… La création de faux orphelinats au Cambodge pour attirer les touristes et les volontaires est l’exemple le plus dramatique de ce phénomène. Imagine-t-on les conséquences affectives et psychologiques sur ces enfants obligés de danser à chaque passage de touristes ? Imagine-t-on les effets pédagogiques d’un turn-over permanent de professeurs…

7/ L’Afrique n’est pas un pays ! 

Le Cambodge n’est pas une danse, l’Inde une religion et l’Afrique un pays. Le touriste s’apitoie mais ne s’attarde pas… Il prend quelques clichés, remonte dans son Tuk Tuk et ô miracle de la 4G diffuse instantanément sur les réseaux sociaux les photos de ses vacances où l’on entraperçoit entre le Spritz pris au Raffles et ses orteils sur le bord d’une piscine, ces orphelins malheureux… mais souriants. Pour le site maveritesur.com, la misère, la pauvreté et la détresse deviennent des attractions touristiques (à vendre) et les pays les plus pauvres de la planète des énormes parcs d’attraction où les fantasmes des touristes deviennent réalité. N’est-il pas indécent de photographier ainsi ces enfants, d’en faire une destination de vacances et de perpétuer par ce biais les stéréotypes éculés du sauveur blanc ou de l’Afrique pauvre ? Le volontourisme dénature cette action aussi utile que louable qu’est le volontariat. Est-ce pour autant une fatalité ? Non il existe des moyens d’être volontaire sans tomber pour autant dans ce business du misérabilisme… C’est que nous verrons dans une deuxième partie… ici exactement.

Jérôme pour Bridgeo